
Situé au cœur de Phnom Penh, le casino-hôtel NagaWorld a été initialement conçu pour redresser l’économie cambodgienne après des décennies de troubles politiques et économiques. Confié à l’homme d’affaires malaisien Chen Lip Keong, l’exploitation du casino suscite néanmoins des soupçons de copinage entre investisseurs étrangers et le gouvernement local. Initialement prévu pour être construit à Sihanoukville, le projet a été déplacé à Phnom Penh après que la population locale a refusé d’être déplacée sans compensation financière.
Derrière les façades scintillantes du casino se cache une réalité bien plus sombre. Entre licenciements massifs, grèves prolongées et soupçons de pratiques frauduleuses, NagaWorld est devenu le théâtre d'un affrontement entre travailleurs, investisseurs et autorités cambodgiennes.
NagaWorld, fleuron du jeu au Cambodge, est-il devenu un symbole des dérives du capitalisme dans la région ?
Conflits sociaux et répression syndicale
Depuis 2021, NagaWorld est le centre d'un important mouvement de grève. La cause ? Le licenciement de plus de 1 300 employés, dont une majorité de syndiqués, dénonçant une tentative de répression du droit du travail. En réponse, les autorités cambodgiennes ont déclaré la grève illégale et procédé à l'arrestation de plusieurs figures syndicales, notamment Chhim Sithar, condamnée à deux ans de prison en 2023 avant d’être libérée en septembre 2024 (Radio Free Asia).
Malgré cette libération, la lutte continue, avec des travailleurs dénonçant la surveillance accrue et les pressions exercées par le gouvernement sur les grévistes et les médias indépendants qui couvrent leur cause (Unicorn Riot).
Un casino tourné vers la clientèle chinoise
NagaWorld est connu pour attirer une clientèle majoritairement chinoise. Tout est fait pour eux : les moyens de paiement comme Alipay sont acceptés, les clients reçoivent des notifications sur leurs numéros chinois, et il est possible de fumer à l’intérieur du casino, une pratique courante en Chine mais interdite dans la plupart des lieux publics cambodgiens. Même le duty-free du casino propose des marques européennes aux côtés de marques chinoises spécifiques.
Le casino de Phnom Penh se présente ainsi comme une alternative au célèbre complexe de Macao, attirant les joueurs chinois qui cherchent une destination plus accessible. Cependant, cet afflux de visiteurs a un effet pervers : la majorité des joueurs ne quittent pas les locaux du casino et ne prennent pas le temps de découvrir la culture locale. Le casino fonctionne ainsi en vase clos, limitant l'impact économique sur la population cambodgienne locale.
Accusations de pratiques douteuses
Outre la répression syndicale, NagaWorld fait face à d’autres accusations. Des joueurs ont récemment exprimé des doutes sur l’intégrité de certaines machines de poker du casino, évoquant une possible manipulation des résultats via le dispositif "Deck Mate 2" (Reddit). Si ces allégations restent non prouvées, elles alimentent un climat de méfiance grandissant envers la gestion du casino.
Par ailleurs, des témoignages suggèrent que certains employés du casino, notamment des Cambodgiens, auraient vu leurs passeports confisqués par la direction. Cette pratique, souvent associée à l’exploitation des travailleurs, est illégale et suscite des inquiétudes quant aux conditions de travail à NagaWorld.
NagaWorld et le contexte politique cambodgien
L’influence du gouvernement cambodgien sur la gestion des conflits à NagaWorld est indéniable. En 2023, la fermeture de Voice of Democracy (VOD), un média couvrant largement les manifestations contre le casino, a été perçue comme une tentative de museler la contestation (Asia Times).
Cette connivence entre l’État et l'entreprise pose la question plus large du modèle économique cambodgien, où l'industrie du jeu, majoritairement financée par des investisseurs chinois, semble bénéficier d’une protection gouvernementale malgré les critiques.
Conclusion
L’affaire NagaWorld illustre les tensions croissantes entre le capitalisme sauvage et les droits des travailleurs en Asie du Sud-Est. Alors que le casino continue d'attirer les joueurs fortunés et les investissements étrangers, les employés luttent toujours pour des conditions de travail dignes. Face à la répression gouvernementale et aux controverses persistantes, l’avenir de ce bastion du jeu demeure incertain.
English version
NagaWorld: Between Luxury, Social Conflicts, and Controversies
Issue: Has NagaWorld, Cambodia's gaming flagship, become a symbol of capitalist excess in the region?
Introduction
Located in the heart of Phnom Penh, the NagaWorld casino-hotel was initially designed to revitalize Cambodia's economy after decades of political and economic turmoil. Entrusted to Malaysian businessman Chen Lip Keong, the casino's operation has nevertheless raised suspicions of cronyism between foreign investors and the local government. Originally planned to be built in Sihanoukville, the project was relocated to Phnom Penh after local residents refused to be displaced without financial compensation.
Behind the casino’s glittering facades lies a much darker reality. Mass layoffs, prolonged strikes, and suspicions of fraudulent practices have turned NagaWorld into a battleground between workers, investors, and Cambodian authorities.
I. Social Conflicts and Union Repression
Since 2021, NagaWorld has been at the center of a major labor strike. The cause? The dismissal of over 1,300 employees, the majority of whom were union members, alleging a deliberate attempt to suppress labor rights. In response, Cambodian authorities declared the strike illegal and arrested several union leaders, including Chhim Sithar, who was sentenced to two years in prison in 2023 before being released in September 2024 (Radio Free Asia).
Despite her release, the struggle continues, with workers denouncing increased surveillance and government pressure on strikers and independent media covering their cause (Unicorn Riot).
II. A Casino Tailored for Chinese Customers
NagaWorld is widely known for attracting a predominantly Chinese clientele. Everything is designed for them: payment methods like Alipay are accepted, customers receive notifications on their Chinese phone numbers, and smoking is allowed inside the casino—a practice common in China but banned in most public places in Cambodia. Even the casino’s duty-free shop features European brands alongside exclusive Chinese brands.
Phnom Penh’s casino positions itself as an alternative to the famous Macau gaming scene, drawing Chinese gamblers looking for a more accessible destination. However, this influx of visitors has unintended consequences: the majority of these gamblers rarely leave the casino premises and do not take the time to explore Cambodian culture. The casino thus operates in a closed circuit, limiting its economic benefits for the local population.
III. Accusations of Dubious Practices
Beyond union repression, NagaWorld faces other accusations. Recently, some players expressed doubts about the integrity of the casino’s poker machines, suspecting possible manipulation through the "Deck Mate 2" device (Reddit). While these allegations remain unproven, they contribute to growing distrust toward the casino’s management.
Furthermore, testimonies suggest that some casino employees, particularly Cambodians, have had their passports confiscated by management. This practice, often associated with worker exploitation, is illegal and raises concerns about working conditions at NagaWorld.
IV. NagaWorld and Cambodia’s Political Context
The Cambodian government's influence on conflict management at NagaWorld is undeniable. In 2023, the closure of Voice of Democracy (VOD), a media outlet that extensively covered protests against the casino, was perceived as an attempt to silence dissent (Asia Times).
This close relationship between the state and the company raises broader questions about Cambodia’s economic model, where the gaming industry—primarily funded by Chinese investors—appears to enjoy government protection despite mounting criticisms.
Conclusion
The NagaWorld case highlights growing tensions between unchecked capitalism and labor rights in Southeast Asia. While the casino continues to attract wealthy gamblers and foreign investments, workers are still fighting for decent working conditions. Amid government repression and ongoing controversies, the future of this gaming stronghold remains uncertain.
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